La Revue du M.A.U.S.S.
(Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales)
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24/11/06 Séminaire « Pour une anthropologie générale »
 • Séminaire « Pour une anthropologie générale »
Séance d'ouverture le 24 novembre 2006.

« Pour une anthropologie générale »

• François Flahault, directeur de recherches au CNRS,
• Jean Jamin, directeur d’études à l’EHESS, secrétaire général de la revue L’Homme,
• Jean-Marie Schaeffer, directeur d’études à l’EHESS, directeur du Centre de Recherches sur les Arts et le Langage.

 

La recherche scientifique étant pratiquée par des humains et pour des humains, on pourrait s’attendre à ce que la question « Qu’est-ce que l’homme ? » occupe une place de choix dans les sciences humaines et sociales. Or, ce n’est pas le cas : l’anthropologie générale est la grande absente dans les débats qui agitent ces disciplines.

Cette absence tient à plusieurs raisons, dont la plus fondamentale est la relation que les chercheurs – et au-delà d’eux le monde occidental moderne – entretiennent avec la question même de ce qu’est l’être humain. Cette relation a une histoire dominée dans sa phase la plus récente par l’idée qu’ « il n’y a pas de nature humaine ». Ce qui, trop souvent, s’est confondu avec un déni de la condition humaine (apportant ainsi une fois de plus le témoignage indirect que la condition humaine se caractérise par le désir d’y échapper).

Et pourtant seule une anthropologie générale est susceptible d’expliciter les présupposés qui sous-tendent la conception occidentale de l’être humain et de la confronter aux conceptions que d’autres cultures ont élaborées – conceptions qui, possiblement, mettent le doigt sur des aspects de la condition humaine que nous sous-estimons. Seule une anthropologie générale aussi peut fournir le cadre convenable pour confronter ces présupposés aux connaissances nouvelles qui nous conduisent aujourd’hui à des révisions considérables. Ainsi, par exemple, l’abandon du dualisme dans le cadre duquel l’être humain a été traditionnellement pensé ; les implications anthropologiques de la parenté entre l’homme et les autres primates ; la reconsidération de l’articulation entre nature et culture ; l’antériorité de l’individu sur la société, l’une des croyances fondamentales du monde occidental, devenue incompatible avec les connaissances actuelles ; les effets non-voulus (et éventuellement désastreux) résultant de l’addition ou de l’enchaînement d’un grand nombre de comportements individuels ; etc.

La question de la diffusion des connaissances et de leur rôle dans le débat public apporte un argument de plus en faveur d’une anthropologie générale : il n’y aura pas de renouvellement des idées et du débat public sans une révision de nos conceptions implicites de l’être humain et de la société à la lumière des connaissances nouvelles.

Le séminaire fera appel à des spécialistes de différentes disciplines (anthropologie, histoire, sociologie, philosophie, mais aussi psychologie, neurobiologie, biologie de l’évolution, primatologie ou paléoanthropologie). On s’y interrogera notamment sur les relations entre biologie et culture, sur l’enfance (comment le nouveau-né devient une personne), sur la religion (philosophie, théologie, anthropologie sociale), sur la transfiguration du réel prise en charge par les conduites symboliques, rituelles ou esthétiques (qu’est-ce que la culture ?), sur l’art, la musique et la littérature (y compris orale), et sur les conceptions de l’homme et de la société qui sous-tendent la pensée économique.

Le séminaire a lieu les 2e et 4e vendredi, de 17 à 19 heures à EHESS, 105 bd Raspail, salle 7

Séance d’ouverture le 24 novembre 2006.

Les séances du 24 nov. et du 8 déc. seront animées par François Flahault. Elles porteront sur l’histoire d’Adam et Eve, récit fondateur de l’anthropologie générale du christianisme, et sur les deux pôles, augustinien et humaniste, de la pensée qui s’est greffée sur cette anthropologie.