La Revue du M.A.U.S.S.
(Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales*)

 
      Depuis 1981, La Revue du M.A.U.S.S. s’est imposée comme une des toutes premières revues interdisciplinaires et un des lieux importants du débat public en France. Elle offre des perspectives inédites en sciences économiques, en anthropologie, en sociologie ou en philosophie politique.
     Aux antipodes de l’encyclopédisme, et grâce à la variété de son questionnement et de ses angles d’attaque, La Revue du M.A.U.S.S. procède à un bilan permanent et raisonné des sciences sociales.
     Parce qu’elle s’est toujours refusée à dissocier les discussions proprement scientifiques de leurs enjeux éthiques et politiques, La Revue du M.A.U.S.S. est à l’origine de nombreux débats de société aujourd’hui cruciaux.
     « Anti-utilitariste », elle critique l'économisme dans les sciences sociales et le rationalisme instrumental en philosophie morale et politique. Rendant hommage par son nom à Marcel Mauss, elle incite à penser le lien social sous l'angle des dons (agonistiques) qui unissent les sujets humains.
     Cette revue de recherche, de vulgarisation et de débats s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à ce qui se produit à l’intersection des sciences sociales, du politique et de l’histoire, et plus spécialement aux universitaires, aux chercheurs et aux étudiants.
     Ces derniers consulteront avec profit la page À propos du MAUSS qui, outre une présentation de la démarche du MAUSS, comprend un texte de S. Dzimira résumant le paradigme du don et ses principaux enjeux.
     Le M.A.U.S.S. édite également, avec les éditions La Découverte & Syros une collection d’essais : La Bibliothèque du M.A.U.S.S., qui accueille désormais la série « Économie solidaire et démocratie ». Animée par le CRIDA (Centre de recherches et d'information sur la démocratie et l'autonomie, équipe de recherche du LSCI, laboratoire du CNRS LP31), cette série porte sur le fait associatif dans la perspective d'une économie et d'une démocratie plurielles
     Le M.A.U.S.S. organise des réunions-débats et s'associe à des colloques et rencontres dont le programme figure en page Actualité du MAUSS

     Par ailleurs, divers intervenants confrontent leurs points de vue à propos de l’avenir de l'Europe. Une sélection de contributions a été rassemblée en page Débat sur l'Europe (mise à jour : 01/03/07).
     Découvrez les formations universitaires en rapport avec les thématiques du MAUSS.

     NOUVEAU ! La revue du MAUSS permanente propose un lieu de rencontres et d'échanges entre le monde universitaire et la société civile ainsi que trois nouvelles rubriques :
     • La Gazette du MAUSS : informations, débats, agenda,
     • Le Supplément du MAUSS : articles et working papers
     • Lectures : vaste recension d'ouvrages de sciences sociales et de philosophie politique récemment publiés.

     Versions numériques (e-books) : Le MAUSS réédite une partie de son fonds sous forme numérique (fichiers PDF) avec paiement sécurisé via Paypal puis envoi par courriel d'un lien de téléchargement. Déjà disponibles (liens vérifiés le 11/07/08) : le n° 29 (Avec Karl Polanyi, 2007) et le n° 11 (Une seule solution, l'association ?,1998) de la Revue semestrielle, ainsi que Association, démocratie et société civile (2001), et Lien social et intérêts matériels (CIRAD, 2005),
     Municipales 2008 : Qu'est-ce qui fait la qualité de vie d'une ville ? De l'harmonie de la cité antique à nos grands ensembles deshumanisés, que s'est-il passé ? La « politique de la ville » révèle un clivage majeur entre le social et le politique. La Revue du MAUSS aborde ces questions dans son n° 14 (1999), Villes bonnes à vivre, villes invivables, aujourd'hui réédité en version numérique.

MAUSS, 3 avenue du Maine, 75015 Paris.
Tél. 01 42 84 17 03.
Télécopie : 01 42 84 24 17
   


*Pour en savoir plus sur l'esprit du MAUSS, voir À propos du MAUSS
For a general introduction in English to Marcel Mauss and his legacy, follow this link:     (updated 07/07)
• • • L’homme est-il un animal sympathique ? • • • découvrez le contr'Hobbes dans le n° 31 de la Revue du MAUSS • • • Plus loin avec le MAUSS avec la RdM permanente et ses nouvelles rubriques sur www.journaldumauss.net • • •
  Vient de paraître

L’homme est-il un animal sympathique ?
Le contr'Hobbes
Revue du MAUSS semestrielle n° 31, 1er semestre 2008,
Version papier : 334 p., 22 euros
Version numérique (PDF) : 636 p., 22 euros
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Version numérique (PDF, lecture seule): 15 euros
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(*: paiement sécurisé par carte via Paypal™, puis lien par courriel)
ISBN 2-7071-5491-0

     Tout semble aujourd’hui donner raison à Hobbes : l’homme n’est-il pas effectivement un loup pour l’homme et rien d’autre ? Le pouvoir et l’intérêt ne sont-ils pas les seuls mobiles de toute action ?
      Est-ce si sûr pourtant ? Prisonniers de l’axiomatique de l’intérêt qui a dominé la pensée occidentale depuis au moins trois siècles, nous avons oublié la force du courant qui s'y est constamment opposé : le « contr'Hobbes ». Son concept le plus central et le plus fécond est celui de sympathie, qui a structuré les Lumières écossaises, de Shaftesbury à Hume et à Smith. La sympathie, cette capacité de l’homme à se réjouir comme ses semblables de leurs joies ou à souffrir avec eux de leurs peines. Dans le prolongement de cette découverte philosophique essentielle, la sociologie, la psychologie, mais aussi l'économie, la biologie et l'éthologie n’ont cessé d’approfondir cette question. Ce numéro donne à voir l’ancienneté et l’étonnante actualité de cette tradition « sympathique », mais aussi son ambivalence, voire son étrangeté.
     Car la sympathie a ses faces d’ombre. Et si l’homme est un animal sympathique, c’est pour le meilleur... et pour le pire.

Avec des contributions de : M. Anspach, S. Bowles, A. Caillé, Ph. Chanial, J. Dewitte, F. Flahault, E. Fournière, H. Gintis, J.T. Godbout, J.-M. Guyau, Ch. Lazzeri, H. Raynal.
et hors dossier de : F. Gollain, Ch. Laval, J.-C. Michéa.
et dans la version numérique, des textes de : R. Anspach, D. Bourgeon, S. Chastang, J.-P. Dupuy, B. Kestemont, M.-L. Leroy, E. Magnani, V. Nurock, E. Pulcini, A. Tonnet.


La société vue du don
Manuel de sociologie anti-utilitariste appliquée
Philippe CHANIAL (sous la dir. de)

576 p., 30 euros
ISBN 978-2-7071-5456-9

    Le don fait-il encore société ? Ou, du moins, contribue-t-il encore à certains de ses ressorts essentiels ? Est-il toujours actuel ? En apparence, non. Les sociétés anciennes se sont pensées dans le langage du don mais nous, modernes, parlons un tout autre idiome, celui de l’intérêt notamment. Peut-être nous arrive-t-il encore, dans l’intimité et dans nos relations personnelles, de donner, mais il semble bien illusoire de considérer que le don serait toujours au coeur de nos sociétés contemporaines et qu’il contribuerait encore à nourrir liens, échanges et identités sociales. Faut-il alors, comme y invite la sociologie aujourd’hui, l’abandonner au folklore des anthropologues et aux spéculations des philosophes ?
     Conçu comme un manuel de sociologie anti-utilitariste résolument empirique et appliquée, ce livre vise à rappeler, à l’épreuve des terrains les plus variés, que le système du don – le « donner-recevoir-rendre » de M. Mauss – n’est aujourd’hui ni mort ni moribond, mais bel et bien vivant pour qui sait voir. Plus encore, il suggère que le don constitue, aujourd’hui comme hier, le système même des relations sociales en tant qu’elles sont irréductibles aux relations d’intérêt économique ou de pouvoir. Vus du don, les champs classiques de la sociologie prennent un tout autre relief.
     Qu’il s’agisse du monde du travail, de la sociabilité, familiale, amicale, amoureuse, des questions de genre et d’identité, de la protection sociale et de la solidarité, des associations ou de la philanthropie, du champ de la médecine et de la santé ou encore de la religion, de l’art et de la science, chacune des contributions ici réunies, rédigées par des spécialistes reconnus dans ces différents domaines, montre combien le paradigme du don ouvre la voie à une intelligence inédite des phénomènes sociaux. Invitant le sociologue à porter son regard sur ce qui circule entre les hommes (et pas uniquement sur ce qu’ils prennent et accumulent), il donne à voir cette délicate essence du social si chère à Marcel Mauss.

Philippe Chanial, secrétaire général de La Revue du MAUSS, est maître de conférences en sociologie à l’université Paris-Dauphine, où il dirige le CERSO (Centre d’études et de recherches en sociologie des organisations, CNRS). Ce volume regroupe une trentaine de contributions dont celles de N. Alter, A. Caillé, P. Fustier, J. Godbout, A. Guery, M. Hénaff, S. Latouche, I. Marin, I. Silber, C. Tarot, J.-P. Willaime, etc..


Le symbolique et le sacré
Théories de la religion
Préface de Lucien Scubla
Camille TAROT
912 p., 39 euros
ISBN 2-7071-5428-6

    La question de la religion – de son essence, de sa fonction, de son origine – a été centrale dans la sociologie et l’anthropologie classiques. Pour la tirer des impasses et de la stagnation où elle est reléguée de nos jours, Camille Tarot propose ici un bilan critique des oeuvres des meilleurs comparatistes, à travers leurs théories si contradictoires de la religion. Huit auteurs principaux sont soumis à examen : Émile Durkheim, Marcel Mauss, Mircea Eliade, Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, René Girard, Pierre Bourdieu et Marcel Gauchet. L’important en la matière est d’abord d’esquiver les faux irénismes comme les querelles stériles ou haineuses, pour confronter les doctrines en profondeur et systématiquement. Ensuite, de déceler l’impensé et les refoulements que produit chaque cadre théorique, pour proposer le modèle ou l’idéal-type de la religion qui paraît le mieux fondé. Au fil de cet examen, il apparaît que l’essence du fait religieux est à rechercher à l’intersection du symbolique et du sacré, à comprendre à partir des fondations d’Émile Durkheim et de Marcel Mauss, complétées par les apports de René Girard. La possible fécondité du modèle qui se dégage ainsi s’atteste par sa capacité à relire les sources et à renouveler en profondeur les vieux problèmes des fonctions de la religion, qui n’avaient guère avancé depuis Émile Durkheim.

Camille TAROT, professeur de sociologie à l’université de Caen, spécialiste polyglotte d’histoire des religions, est notamment l’auteur de De Durkheim à Mauss, l’invention du symbolique (La Découverte/M.A.U.S.S, 1999, un « livre qui à coup sûr fera date », écrivait Danièle Hervieu-Léger).


Vers une autre science économique
(et donc un autre monde) ?
Revue du MAUSS semestrielle n° 30, 2e semestre 2007,
Version papier : 320 p., 22 euros
Version numérique (PDF) : 626 p., 22 euros
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Version numérique (PDF, lecture seule): 15 euros
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(*: paiement sécurisé par carte via Paypal™, puis lien par courriel)
ISBN 2-7071-5362-3

     On ne desserrera pas l’emprise toute-puissante de l’économie (et de la finance) sur nos vies, on ne bâtira pas un « autre monde » sans ébranler la croyance en la science économique orthodoxe, celle qu’on enseigne à l’identique sur toute la planète désormais, et qui nous persuade qu’il n’y a pas d’alternative, pas d’autre voie possible. Or, chose étrange, ce paradigme standard, le modèle économique tout-puissant auquel tout le monde affecte de croire, est, en même temps, d’une extrême faiblesse, presque intégralement réfuté, si bien qu’à de multiples égards on peut aussi bien dire que personne n’y croit plus guère. D’où vient alors sa force ?
      Au premier chef, de l’éparpillement de ses critiques, de la dispersion qui règne entre les écoles économiques hétérodoxes. Chacune déclare séparément que le roi est nu, alors que ce qui les unit est infiniment plus important que ce qui les sépare, et qu’elles convergent vers ce que l’on peut appeler une économie politique institutionnaliste. Encore faut-il en prendre conscience et en tirer les conséquences. On trouvera ici les linéaments de cette économie politique institutionnaliste et un appel à l’union des économistes, fort nombreux, qui ne se satisfont pas de l’état de leur discipline et de son enseignement.

Avec des contributions de : A. Caillé, B. Chavance, P. Combemale, F. Fistetti, F. Fourquet, P. Jorion, N. Postel, J. Sapir, E. Sabourin.
et hors dossier de : M. Douglas, S. Kalberg, P. Prades, H. Raynal, M. Terestchenko, G. Toulouse, C. Zene.


Marcel Mauss, savant et politique
Préface de Marcel Fournier
Sylvain DZIMIRA
238 p., 20 euros
ISBN 2-7071-5293-0

    Le destin de l’œuvre de Marcel Mauss est étrange. Fondateur de l’ethnologie scientifique française, héritier intellectuel principal d’Émile Durkheim et de l’école française de sociologie, inspirateur revendiqué de Georges Bataille, Roger Caillois, Claude Lévi-Strauss – et à travers lui de Jacques Lacan – et, plus généralement, de toute l’intelligentsia française d’après-guerre, Marcel Mauss reste le plus inconnu des hommes illustres de la tradition sociologique et anthropologique.
     Pourquoi son parcours intellectuel, dont le fameux Essai sur le don représente le point culminant, est-il si mal compris ? Très probablement parce que Marcel Mauss, principal ami et collaborateur de Jaurès, infatigable militant du socialisme associationniste, n’a jamais accepté de dissocier amour de la science et passion du politique. En cela il s’est montré le fidèle descendant des Saint-Simon, Auguste Comte et Durkheim qui, à l’encontre de la prescription de Max Weber, se voulaient en même temps savants et politiques.
     Sylvain Dzimira montre ici, de manière particulièrement éclairante, comment la pensée anthropologique de Marcel Mauss ne se comprend qu’à la lumière de sa philosophie politique, et réciproquement. Et comment cette posture épistémologique (très éloignée de ce que nous recommande la vulgate aujourd’hui dominante), la seule qui donne à la science sociale toute sa vitalité et sa fécondité véritable, inspire également les travaux du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales).

Sylvain DZIMIRA, docteur en sociologie, chercheur associé au Sophiapol (Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques de Paris-X Nanterre), est professeur de sciences économiques et sociales au lycée des Francs-Bourgeois. Il collabore régulièrement à la Revue du MAUSS et anime La Revue du MAUSS permanente (www.journaldumauss.net).


La quête de reconnaissance
Nouveau phénomène social total
Alain CAILLÉ (sous la dir. de)

304 p., 25 euros
ISBN 978-2-7071-5332-6

    De plus en plus, dans tous les secteurs de la société, au travail, dans les relations entre groupes sociaux ou entre traditions culturelles ou religieuses, entre les sexes ou les générations, dans les rapports à l'État et l'administration, ou même en famille, les individus se sentent mal ou guère reconnus. Ils aspirent à la « reconnaissance », nouveau maître mot. De même au plan collectif : durant les deux derniers siècles, les luttes sociales se sont massivement présentées comme des luttes pour la redistribution de la richesse ; elles apparaissent principalement aujourd'hui comme des luttes pour être reconnus.
     La thématique de la reconnaissance est ainsi devenue centrale en sociologie ou en philosophie politique, comme elle l'est dans la réalité même. Une société juste, pense-t-on maintenant souvent, est celle qui accorde à tous la reconnaissance sans laquelle nous ne saurions vivre. Mais pouvons-nous tous être reconnus, et reconnus à égalité dans nos singularités ? Qu'est-ce qui anime la demande de reconnaissance ? Et l'offre de reconnaissance, par les médias, les directions d'entreprise, ou les appareils politiques, n'est-elle pas souvent illusoire et manipulatrice ? Qu'est-ce alors qu'une reconnaissance authentique ?
     Sur tous ces points brûlants, cet ouvrage apporte le diagnostic et les réponses de sociologues connus (et reconnus) et soulève une question insolite : l'étude des luttes de reconnaissance n'est-elle pas l'objet par excellence non reconnu de la sociologie, celui qui fonde son identité disciplinaire ?

• Alain Caillé, directeur de La Revue du MAUSS semestrielle, professeur de sociologie à l'université Paris-X-Nanterre, où il codirige le SOPHIAPOL (Laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques), a notamment publié à La Découverte, Anthropologie du don (2007) et Dé-penser l'économique (2005).
Avec des contributions de : A. Caillé, L. R. Cardoso de Oliveira, Ph. Chanial, Ch. Dejours, F. Dubet, N. Heinich, M. Lallement, J.-L. Laville, D. Le Breton, P. Pharo, E. Renault, L. Roulleau-Berger, L. Thévenot, S. Trigano, O. Voirol.


Avec Karl Polanyi
contre la société du tout-marchand
Revue du MAUSS semestrielle n° 29, 1er semestre 2007,
Version papier : 368 p., 25 euros
Version numérique (PDF) : 626 p., 25 euros
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Version numérique (PDF, lecture seule): 15 euros
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(*: paiement sécurisé par carte via Paypal™, puis lien par courriel)
ISBN 2-7071-5253-4

     Un peu partout dans le monde, Karl Polanyi (1886-1964) apparaît désormais comme la référence théorique et doctrinale principale de tous ceux, économistes, sociologues, historiens ou politologues, qui ne se résignent pas à la marchandisation générale de nos sociétés. Une référence plus maniable que Marx, parce que clairement humaniste et démocratique, et qui parle aussi bien aux réformistes un peu radicaux qu'à ceux qui entendent toujours abolir le capitalisme.
      La force de Polanyi est de lier étroitement trois thèmes de plus en plus d'actualité : 1) celui de la non-naturalité du marché autorégulé et de l'Homo œconomicus ; 2) celui qui considère que la tare principale de ce marché généralisé est de traiter comme des marchandises des biens qui ne peuvent pas l'être (la nature, le travail et la monnaie, à quoi il faut ajouter aujourd'hui le savoir) ; 3) celui de l'autonomie de la démocratie par rapport au marché : ce n'est pas le marché, montre-t-il, qui crée la démocratie.
     Certains éléments de l'œuvre proprement historique ou anthropologique de Polanyi ont vieilli et il importe de préciser lesquels. Mais on ne peut pas douter que ces thèmes-là et les questions qu'ils soulèvent renvoient aux problèmes majeurs d'aujourd'hui. Ce numéro de la Revue du MAUSS (qui a introduit ce débat sur Polanyi en France il y a vingt-cinq ans) fait le point sur le statut de cette œuvre singulière.

     Ce n° 29 de la Revue du MAUSS a été élu "Livre du mois" par Alternatives économiques. Cliquez ici pour découvrir les commentaires et réactions à ce numéro.

Avec des contributions de : G. Azam, A. Caillé, D. Girardot, K. Polanyi, S. Latouche, C. Laval, J.-L. Laville, R. Le Velly, S. Malsan, J. Maucourant, G. Sabin, J.-M. Servet et alii, Ph. Steiner.
et hors dossier de : P. Combemale, M. Douglas, F. Fourquet, J. Porcher, M. Terestchenko.


Pourquoi se mobilise-t-on ?
Les théories de l’action collective
Daniel CÉFAÏ
732 p., 39 euros
ISBN 2-7071-5250-3

    Pourquoi se mobilise-t-on ? L'un des traits propres aux régimes démocratiques est que leurs citoyens disposent d'un droit de regard sur les affaires publiques et, en contrepoint des élections, d'un droit à la critique et à la révolte. Ils discutent, s'associent, s'organisent. Ils constituent des collectifs, revendiquent dans l'espace public, passent des alliances avec partis et syndicats et entrent en conflit avec les pouvoirs établis. Mais qu'est-ce qui les y pousse ? La mobilisation a un coût en énergie et présente des risques, y compris financiers. Pourquoi ne pas laisser les autres se mobiliser à notre place ?
     Ce livre propose une cartographie de l'état des savoirs sur l'action collective, à partir de tout ce qui a été écrit sur le sujet depuis plus d'un siècle, sur les deux rives de l'Atlantique. L'histoire commence avec les travaux sur les foules et le public de Tarde et Le Bon, à la fin du XIXe siècle. L'auteur exhume la tradition du comportement collectif née à Chicago dans les années 1920. Il montre le virage accompli par Touraine et Melucci au moment de l'émergence des nouveaux mouvements sociaux – étudiant, féministe, écologiste… – dans les années 1960 et 1970. Il passe en revue les théories de l'action rationnelle, les modèles du processus politique et les analyses des réseaux et des organisations, qui prédominent aujourd'hui. Et il propose de nouvelles perspectives inspirées de la sociologie culturelle nord-américaine et de la microsociologie de Goffman. Un ouvrage indispensable à tous ceux qui s'intéressent aux mouvements sociaux de notre temps.

Daniel CÉFAÏ, est maître de conférences à l'université Paris-X-Nanterre et chercheur à l'institut Marcel-Mauss et au Sophiapol. Il a publié dans la même collection L'Enquête de terrain (La Découverte, 2003) et différents ouvrages collectifs sur Les Cultures politiques (PUF, 2001), Les Formes de l'action collective (avec Danny Trom, Éditions de l'EHESS, 2001), Les Sens du public (avec Dominique Pasquier, PUF, 2004) et L'Héritage du pragmatisme (avec Isaac Joseph, Éditions de l'Aube, 2002).


Vers la crise du capitalisme américain ?
Paul JORION
256 p., 24 euros
ISBN 2-7071-5092-9

    Rien n’est jamais écrit d'avance, mais tous les analystes informés et non aveuglés par l’idéologie, d’André Orléan ou Michel Aglietta à Emmanuel Todd, Jean Peyrelevade ou Patrick Artus, s’accordent à reconnaître que le capitalisme financier, miné par sa propre logique spéculative, ne pourra pas prolonger indéfiniment son expansion. Et que la crise éclatera d’abord, selon toute vraisemblance, en son épicentre, aux États-Unis, dont les taux d’endettement, individuels ou collectifs sont proprement ahurissants. Mais sous quelle forme ? Quand, comment et pourquoi ? Selon quels enchaînements probables ?
     Le grand intérêt de ce livre de Paul Jorion, qui connaît admirablement le système financier américain, de l’intérieur, est d’apporter des réponses extraordinairement précises et documentées à ces questions. En fait, le lieu de vulnérabilité principal n’est pas tant la Bourse, qui ne représente que 20 % de l’enrichissement des ménages américains depuis les années 1980, que le secteur immobilier (60 % de cet enrichissement), artificiellement soutenu par tout un ensemble de politiques gouvernementales, en fait extrêmement interventionnistes.
     En les décrivant, Paul Jorion, autant anthropologue qu’économiste, nous fait découvrir une société américaine presque inconnue en France, tout entière portée par le devoir quasiment messianique de foi et d’espérance en un avenir de prospérité générale. Or le système se grippe. La spéculation immobilière touche à ses limites dès lors que l’augmentation des prix de l’immobilier décolle par rapport à des revenus qui stagnent et que se multiplient les faillites personnelles. Si l’Amérique s’écroule, le monde tremblera.

     « Notre homme a vraiment plongé les mains dans le cambouis, disséquant les scandales boursiers, les trucages de comptes, les mécanismes spéculatifs, les réactions des autorités, mais aussi le comportement des agents. Le livre devient passionnant quand il aborde le logement. L’auteur nous explique comment les institutions chargées d’aider à l’accession sociale à la propriété en sont empêchées par leurs actionnaires, soucieux d’abord de rentabilité. Comment les prêts au logement servent aussi de support à des prêts à la consommation, créant ainsi un mécanisme infernal : les ménages s’endettent quand leur logement se valorise et ils plongent quand les prix se retournent. Et comment le mécanisme de la faillite personnelle devient souvent en fait un système d’endettement à vie. Selon lui, tous ces mécanismes poussent à l’apparition d’une bulle spéculative qui explosera forcément, sauf si… Même si l’on ne partage pas forcément cette conclusion, le livre vaut la peine d’être lu tant il est instructif et précis. Un bijou. »
     (Denis Clerc, Alternatives économiques, mars 2007)

Articles en rapport avec le livre : >>> 

Paul JORION, anthropologue réputé, spécialiste de l’intelligence art i f icielle (il est l’auteur de Principes de systèmes intelligents, Dunod, 1997), vit depuis une dizaine d’années aux États-Unis, en Californie, où il est devenu spécialiste de la formation des prix dans le secteur du crédit, dont il est aujourd’hui l’un des meilleurs connaisseurs et analystes.


Penser la crise de l'école
Perspectives anti-utilitaristes
Revue du MAUSS semestrielle n° 28, 2e semestre 2006, 480 p., 30 euros
ISBN 2-7071-5001-0

    Qu’est-ce qui est en crise, au bout du compte, dans l’école en France? La manière de transmettre les savoirs, trop éloignée de la pédagogie ancienne ou, au contraire, mal adaptée à la mutation des publics ? L’inadéquation croissante des formations à la structure des emplois? Et ces évolutions sont-elles imputables à la sclérose de l’école ou à la situation socio-économique ? L’école souffre-t-elle d’être trop attachée à la défense d’une culture générale vieillie ou, au contraire, d’avoir déjà succombé à une exigence utilitariste de rentabilisation des diplômes ? La seule chose certaine, c’est que nous sommes bel et bien confrontés à une crise grave de la transmission des connaissances institutionnellement légitimes. Pour sortir des querelles particulièrement féroces en France sur la question et en permettre une approche plus sereine, il est important de partir du caractère multidimensionnel de la crise scolaire – à la fois crise des méthodes, des finalités, du sens, de l’autorité, du rapport aux publics et aux emplois. Tel est le parti pris de ce dossier.
     Mais qu’apporte à ce débat une perspective anti-utilitariste ? Sans doute la possibilité de soulever des questions souvent trop négligées : que signifie donner et recevoir (et rendre) un savoir ? Et un savoir qui vaut pour et par quoi : sa valeur intrinsèque, son utilité pour les individus ou son rôle de ciment d’une collectivité humaine ? Comment bien faire la part dans l’acquisition des connaissances de la quête du diplôme et de l’intérêt pour la connaissance elle-même ? De l’autorité et de la complicité du maître ? De l’obligation d’apprendre et du plaisir de comprendre ? Ici comme ailleurs, la bonne réponse n’est-elle pas que les savoirs susceptibles de devenir réellement utiles sont surtout ceux pour lesquels on s’est au moins un peu pris de passion ?

Avec des textes de : S. Beaud, M. Buttet, Ph. Chanial, J. Dewey, F. Dubet, M. Duru-Bellat, F. Flahault, G. Gagné, S. Garcia, P. Imbert, A. Joste, L. Lafforgue, J.-P. Lambert, Ch. Laval, Ch. Mallet, J. Méard, E. Morin, N. Nafissa, G. Pauze, T. Poullaouec, F. Poupeau, J. Rémy, T. Ryam, R. Sue, J.-P. Terrail, , B. Viard, R. Wainer, S. Yu.
et des contributions hors dossier de : A. Bouvier, R. Hamayon, N. Heinich, G. Massiah, P. Michon, P. Pharo, G. Schumacher, M. Terestchenko.


De l’anti-utilitarisme
Anniversaire, bilan et controverses
Revue du MAUSS semestrielle n° 27, 1er semestre 2006, 544 p., 30 euros
ISBN 2-7071-4897-0

    Qui ne veut pas lutter contre l'économisme, qui n’est pas anti-économiciste aujourd'hui ? Que ce soit pour s’opposer aux fermetures d’usines, aux délocalisations, à la baisse des salaires ou, plus généralement, à la subordination croissante aux impératifs du marché de toutes les sphères de l’existence sociale – la culture, l’École, le sport, la technique, la science, la politique, etc. – , tout lemonde proclame fortement qu’il y a « autre chose » à prendre en compte que la nécessité économique. « Autre chose », mais quoi ? Faute de le préciser, le risque est de se cantonner dans un moralisme imprécateur et impuissant.
     Un des paris – à la fois théorique, anthropologique, et existentiel – du MAUSS est que la racine première de l’économisme (du triomphe théorique et pratique de l'économie) est à rechercher dans une conception utilitariste (disons instrumentale) de l’homme et du monde, et que, symétriquement, c’est dans l’anti-utilitarisme (tel notamment que Marcel Mauss en dessine les contours dans son Essai sur le don) qu’il y a lieu de puiser les ressources d’un anti-économisme effectif.
     Mais que doit-on entendre, en définitive, par « utilitarisme » et « anti-utilitarisme »? Ce numéro, qui célèbre le vingt-cinquième anniversaire du MAUSS, tente une sorte de bilan de cette discussion en donnant sur ce point la parole à ses amis et alliés, mais aussi, comme à son habitude, à ses adversaires.

Avec des textes de : A. Caillé, F. Compin, S. Crépon, P.-L. Dorion, M. Douglas, S. Dzimira, N. Eber, Falafil, C. Ferraton, F. Flahault, F. Fourquet, G. Gendre, J.T.Godbout, P. Jorion, S. Latouche, Ch. Laval, J.-L. Laville, P.-É. Lemontey, F. Lordon, O. Romano, J. Roucloux, I. Silber, F. Vandenberghe, F. Vatin, X…
et des contributions hors dossier de : M. Chollet, J. Dewitte, F. Flipo, F. Fourquet, B. Lahire, D. Martucelli, J. Porcher, H. Raynal et l'Artiste anonyme.


Le capital social
Performance, équite et réciprocité
Antoine BEVORT et Michel LALLEMENT (sous la dir. de)

336 p., 30 euros
ISBN 2-7071-4804-0

    Avec la notion de réseau , qui lui est d'ailleurs étroitement apparentée, le concept de capital social, quoique mal connu en France, est probablement celui qui a suscité le plus de travaux et de débats d’ampleur internationale, en sociologie et en science politique, mais aussi en économie, depuis les années 1990. Il fonde en, effet une hypothèse d'une importance cruciale : celle que l’efficacité économique d’un individu, d’une entreprise ou d’une nation ne dépend pas tant – ou pas seulement – de la quantité de capital économique dont ils disposent que de la qualité des relations sociales au sein desquelles s’insère leur activité. La thèse est fascinante, mais on devine toutes les questions qu’elle soulève. Qu’est-ce que la qualité d’une relation sociale ? Peut-on la mesurer ? Et comment ?
     Derrière ces interrogations se cache un conflit doctrinal plus profond. Dans l’idée même de capital social, que faut-il privilégier  : la dimension du capital ou celle du social ? L’idée, utilitariste, que les relations sociales d’amitié ou de solidarité peuvent servir de manière instrumentale, à la réussite économique ? Ou bien, à l’inverse, celle qu’elles n’ont d’efficacité économique qu’à titre de sous-produit, que pour autant qu’elles sont d’abord recherchées et valorisées pour elles-mêmes ? Sur tous ces points, dans le sillage des articles fondateurs de Pierre Bourdieu et Robert Putnam, difficiles d’accès en France, ici repris pour le premier, traduit pour le second, on trouvera dans cet ouvrage une synthèse sans équivalent des débats en cours et des analyses que le concept autorise.

• Antoine Bevort et Michel Lallement, tous deux professeurs de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers, sont les auteurs de nombreux ouvrages sur la démocratie participative (A. Bevort), les relations professionnelles ou l'organisation du travail ainsi que l'histoire des sciences sociales (M. Lallement).
Avec des contributions de : A. Bagnasco, A. Bevort, V. Borghi, P. Bourdieu, E. Bucolo, A. Degenne, B. Favre, G. Grimler, J.-M. Jaeggi, M. Lallement, J.-L. Laville, E. Lazega, M.-O. Lebeaux, M. Lecoutre, Y. Lemel, M. Madoui, B. Perret, S. Ponthieux, R. Putnam, N. Sirven, D. Trancard, J.-P. Worms.


Alter-démocratie, alter-économie
Chantiers de l'espérance
Revue du MAUSS semestrielle n° 26, 2e semestre 2005, 464 p., 30 euros
ISBN 2-7071-4762-1

    Le précédent numéro de la Revue du MAUSS dressait le constat de l’existence d’un malaise, à tout le moins, dans la démocratie. Le doute sur ses potentialités et sur sa réalité s’étend chaque jour un peu plus. Mais jusqu’où convient-il de désespérer ? La seule chose sûre est que, dans leur état actuel, les mécanismes de la démocratie représentative ne peuvent plus se suffire à eux-mêmes et qu’il faut revigorer l’esprit même de la démocratie.
     Ce sont les modalités, les potentialités et les limites de ces alternatives à la démocratie représentative – démocratie participative, associationniste ou directe, forums plus ou moins hybrides, organisations ou coopérations en réseau, etc. – bref, de tout ce qui relève de l’alterdémocratie, que le présent numéro se propose d’examiner et d’évaluer, avec une réouverture symétrique du débat sur l’alteréconomie. Face à la menace, qui se précise, d’une crise économique et environnementale de très grande ampleur, les perspectives d’une « décroissance conviviale » et d’une redéfinition de la richesse sont-elles crédibles ? Et quels rapports entretiennent-elles avec l’idéal démocratique ?
     Tout ici est en chantier, les chantiers de l’espérance. Pour éviter les désillusions, il reste, sans doute, à mieux faire apparaître le dénominateur commun à ce qui se cherche ici et là. Peut-il s’agir d’autre chose, en définitive, que de bâtir une social-démocratie planétaire, radicalisée et universalisée, capable d’intégrer dans son programme la fragilité de la nature, la diversité des cultures et des systèmes politiques, comme les limites à la fois de la démocratie représentative et de la richesse marchande ?

Avec, sur ce thème, des articles de : M. Bauwens, A. Berthoud, A. Caillé, P. Gary, S. Dufoix, F. Flahault, F. Flipo, J.T. Godbout, D. Graeber, B. Guibert, J.-M. Harribey, A. Insel, P. Jorion, J.-P. Lambert, D. Lapon, S. Latouche, B. Liatard, S. Malsan, J.-P. Russier, R. Sussan, P. Viveret, I. Wallerstein, J.-P. Worms
et, en Libre Revue : S. Latouche, P Michon, S. Pasquier, J.-P Siméon.


Un si fragile vernis d’humanité
Banalité du mal, banalité du bien
Michel TERESTCHENKO

304 p., 26 euros
ISBN 2-7071-4612-9

    On a pu croire ou espérer, un temps, que les monstruosités de la Seconde Guerre mondiale étaient derriere nous. Définitivement. Or partout, à nouveau, on massacre, on torture, on extermine. Comment comprendre cette facilité des hommes à entrer dans le mal ? La réponse à cette question devient chaque jour plus urgente.
     Michel Terestchenko rouvre ici le débat. D’abord, en complétant la démonstration de Hannah Arendt : de même que ce ne sont pas seulement des monstres qui basculent dans l’horreur mais des hommes ordinaires, trop ordinaires, de même, montre-t-il, il n’est pas besoin d’être un saint pour accomplir le juste et secourir des victimes au risque de sa vie. Héros ou salaud ? C’est toujours une petite décision initiale, à peine perceptible, qui décide du côté dans lequel, une fois engagé, on se retrouvera in fine. Mais qu’est-ce qui explique cette décision ? C’est là où l’enquête de M. Terestchenko prend toute son ampleur. En procédant à une reconstitution critique du débat central de la philosophie morale depuis le xviie siècle, aujourd’hui relayé par la majorité des sociologues et des économistes, elle montre combien est stérile l’opposition entre tenants de la thèse de l’égoïsme psychologique et défenseurs de l’hypothèse d’un altruisme sacrificiel. Ce n’est pas par « intérêt » qu’on tue ou qu’on torture. Ni par pur altruisme qu’on se refuse à l’abjection.
     Les travaux qui analysent les phénomènes de soumission à l’autorité, de conformisme de groupe ou de passivité face à des situations de détresse, invitent à comprendre tout autrement les conduites de destructivité. Tirant les conclusions philosophiques de recherches récentes entreprises en psychologie sociale et s’appuyant sur certains exemples historiques particulièrement éclairants – tel le cas de Franz Stangl, le commandant de Treblinka, ou, à l’opposé, les actions héroïques du pasteur André Trocmé et de sa femme Magda au Chambon-sur-Lignon –, l’auteur propose de penser les conduites humaines face au mal selon un nouveau paradigme : celui de l’absence ou de la présence à soi.

Lire la Note de lecture de B. Cannone sur cet ouvrage.

Michel TERESTCHENKO (michel.terestchenko@univ-reims.fr), philosophe, est l’auteur d’ouvrages de philosophie politique (Les Violences de l’abstraction, PUF 1992 ; Philosophie politique, 2 vol., Hachette, 1994) et de philosophie morale (Amour et désespoir, Seuil, 2000).


Au commencement était le rite
De l’origine des sociétés humaines
Arthur Maurice HOCART

Préface de Lucien Scubla, 224 p., 19 euros
ISBN 2-7071-4676-5

    Où il est soutenu, notamment, que la mondialisation du rituel a largement précédé celle de l’économie ; que le mariage et les funérailles ont été d’abord un privilège royal qui a fini par s’étendre à toutes les couches de la société ; que la souveraineté a été originellement dévolue à des rois morts ; que c’est l’usage rituel de l’huile et des excréments qui a ouvert la voie à leur utilisation technique comme lubrifiant et comme engrais ; etc.
     Se pourrait-il donc – et telle est l’hypothèse provocante soutenue par l’auteur – que tout ce que nous appelons la civilisation, et toutes les institutions caractéristiques des sociétés humaines proviennent du développement et de la transformation d’activités rituelles qui se sont peu à peu répandues dans le monde entier ?
     Dans cet ouvrage posthume ici publié pour la première fois en français (titre original Social Origins), A. M. Hocart, l’un des plus grands anthropologues du xxe siècle – dont les idées, après une période d’oubli relatif, reviennent en force –, présente toute une série d’arguments frappants en faveur de cette thèse qui remet en cause nombre de nos certitudes et ouvre un champ de réflexion immense.

Anthropologue britannique, A. M. HOCART (1883-1939), après de longues enquêtes en Mélanésie (1908-1914) puis à Ceylan (1919-1925), prendra la succession d’Evans-Pritchard à l’université du Caire et y occupera la chaire de sociologie jusqu’à sa mort. L’un de ses derniers ouvrages, Les Castes (1938), parut d’abord en France, avec une préface de Marcel Mauss.

Social Origins, publié quinze ans après sa mort par son ami et exécuteur testamentaire lord Raglan, fait la synthèse de toutes ses recherches et hypothèses antérieures.


Malaise dans la démocratie
Le spectre du totalitarisme
Revue du MAUSS semestrielle n° 25, 1er semestre 2005, 528 p., 30 euros
ISBN 2-7071-4613-7

    Il y a seulement quelques années, on pouvait raisonnablement espérer une extension planétaire rapide de la démocratie. Aujourd’hui, les doutes nous assaillent de partout. Des régimes qui semblaient y avoit accédé basculent à nouveau dans la dictature (Russie), d’autres ne semblent pas près d’en sortir (Chine), des régions entières sombrent dans le chaos (Afrique, une partie de l’Amérique du Sud ou du centre, etc.) Quant à la tentative d’exporter la démocratie par la force, en Irak ou au Moyen-Orient, elle pose au minimum problème. Face à cette régression des idéaux démocratiques, c’est notre manière même de les penser qui doit être interrogée.
     La question n’est plus seulement de savoir si ces idéaux nés en Occident sont exportables ailleurs, universalisables, mais s’ils sont encore effectifs et vivaces en Occident même. Et à quel degré. Pour certains, nous entrons dans une ère de barbarie douce, d’oligarchie ou de ploutocratie, mais aussi affaissées soient-elles, nos démocraties restent des démocraties. Pour d’autres, le couplage à peu près vertueux du marché et de la démocratie (l’un appelant l’autre) est aujourd’hui épuisé : nous serions désormais, en Occident aussi, sortis de l’orbe de la démocratie, et nos régimes n’auraient plus de démocratiques que le nom, la forme et la rhétorique.
     Mais que sont-ils alors ? Un totalitarisme nouveau ? Un « globalitarisme » ? Autre chose encore ? Ce débat est infiniment complexe. Pourtant, il n’en est sans doute pas de plus essentiel et de plus urgent. Ce numéro du MAUSS tente de lui donner toute sa consistance.

Avec, sur ce thème, des articles de : J. Baechler, J.-M. Besnier, A. Caillé, Ph. Corcuff, V. Desmeuliers, J. Dewitte, M. Freitag, G. Gagné, D. Howard, A. Joxe, S. Kalberg, J.P. Le Goff, P. Michon, J.-P. Russier, P. Tafani.
Et, en Libre Revue : F. Fourquet, G. Gendre, H. Lopes, P. Michon, V. Mihailescu, L. Moreau de Bellaing, K. Owana, E. Pulcini, R. Sobel, S. Vibert, et un artiste anonyme...


Don, intérêt et désintéressement
Bourdieu, Mauss, Platon et quelques autres
Alain CAILLÉ
352 p., 28 euros
ISBN 2-7071-4496-7

     « S’il valait, je crois, la peine de rééditer le présent livre, épuisé depuis plusieurs années, c’est parce que les articles qu’il rassemble et notamment les trois textes principaux – la critique de Pierre Bourdieu, la relecture de La République de Platon et la réflexion sur le don, l’intérêt et le désintéressement (et sur Derrida…) – correspondent à des moments charnières dans la réflexion du MAUSS (Mouvement antiutilitariste dans les sciences sociales). Avant l’explicitation d’un “paradigme du don” (ici esquissé), qui aura été le travail principal des dix dernières années de La Revue du MAUSS, il fallait s’expliquer en profondeur sur ce qui fait problème dans l’“axiomatique de l’intérêt” et dans l’utilitarisme ou, à l’inverse, dans l’an-utilitarisme d’un Jacques Derrida. C’est que la recherche d’un don absolument pur et désintéressé est aussi illusoire et démobilisatrice, pour la pensée comme pour l’action, que la réduction de toute action aux calculs intéressés qui sont censés l’inspirer. Ce n’est qu’une fois clairement prémuni des séductions de ces deux frères ennemis qu’il est possible de commencer à avancer pour de bon. »
     A. Caillé.

     En tant qu’hommes et femmes modernes nous nous trouvons écartelés entre deux séries de certitudes et d’exigences parfaitement inconciliables. D’une part, notre époque nous pousse impérieusement à croire que rien n’échappe à la loi toute puissante de l’intérêt et qu’il nous faut nous-mêmes nous y plier en devenant des « calculateurs » avisés. D’autre part, nous aspirons tous à nous y soustraire pour accéder enfin à cette pleine générosité, à ce don pur et entier, que la tradition religieuse dont nous sommes issus nous enjoint de rechercher. Mais c’est là une tâche impossible, rétorque la première croyance pour qui rien n’échappe au calcul, si bien qu’il ne saurait exister de générosité et de don que mensongers.
     Pour Alain Caillé, la question est mal posée. L’examen, à travers deux de ses plus grands représentants (Platon, P. Bourdieu), de ce qu’il appelle « l’axiomatique de l’intérêt » ; celui, à l’inverse, des caractérisations du don par une impossible et inaccessible pureté (J. Derrida), révèle la profonde solidarité qui unit les deux pôles de l’esprit moderne, et incite à chercher, dans le sillage du Marcel Mauss de l’Essai sur le don, une conception du don plus harmonieuse et raisonnable. Rien n’est sans doute en effet plus urgent si nous voulons penser notre temps, scientifiquement et moralement, à égale distance du cynisme et de l’idéalisme.

Alain CAILLÉ, né en 1944, professeur de sociologie à l’université Paris-X-Nanterre, où il dirige le GÉODE (Groupe d’étude et d’observation de la démocratie), est le directeur de La Revue du MAUSS. Il est notamment l’auteur de : Anthropologie du don. Le tiers paradigme (Desclée de Brouwer, 2000) ; Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique (sous la dir. de A. Caillé, Ch. Lazzeri et M. Senellart, La Découverte, 2001) ; Dé-penser l’économique. Contre le fatalisme (La Découverte/MAUSS, 2005).


Dé-penser l’économique
Contre le fatalisme
Alain CAILLÉ,
320 p., 23 euros
ISBN 2-7071-4518-1

     La fatalité revêt aujourd’hui les traits de la nécessité économique : nous n’aurions plus d’autre choix que de nous y soumettre. Comment échapper à ce destin funeste ? En critiquant le discours économique dominant, assurément. Mais si ce discours triomphe partout, n’est-ce pas que sa critique a échoué ? Il lui a manqué, en définitive, de ne pas assez rompre avec les postulats fondateurs de la vision économique du monde : la certitude que l’être humain est d’abord un Homo œconomicus ; la croyance à la clôture de l’ordre économique sur lui-même ; la foi dans la visée d’une science économique. D’où ces multiples projets, toujours avortés, de créer une « autre économie », plus rationnelle ou plus humaine, ou d’édifier une autre science économique, plus scientifique. Or, viser une « autre économie », c’est encore accréditer l’idée que l’essentiel serait d’ordre économique. Aspirer à une « autre science économique », c’est encore croire en la science des économistes et contribuer à sa consolidation.
     Plutôt que d’élaborer des alternatives aussi fracassantes que décevantes, Alain Caillé se propose donc ici d’apprendre à « dé-penser » l’économique, en le soustrayant au monopole des économistes pour le placer sous les regards croisés de l’anthropologie, de l’histoire, de la philosophie et de la sociologie. Au bout du compte, l’économique se trouve ainsi replacé dans la perspective du politique. Que gagne-t-on à ce déplacement du regard, à la fois modeste et ambitieux ? Rien, diront sans doute certains. Le principal, penseront peut-être quelques autres…

Professeur de sociologie à Paris-X-Nanterre, où il dirige le GEODE (Groupe d’étude et d’observation de la démocratie) Alain CAILLÉ est directeur de La Revue du MAUSS. Il a publié récemment : Anthropologie du don (Desclée de Brouwer, 2000), Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique (sous la direction de A. Caillé, Ch. Lazzeri et M. Senellart, La Découverte, 2001), Paix et démocratie (préface de B. Boutros-Ghali, Unesco, 2004).

 
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Contact : Dominique Dudouble. Remerciements à Charlie "html guru" Babbitt,
ainsi qu'à
Michel, Mousse et Amélie pour le béta-testing.
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